Many thanks to Hanzík for the Czech translations!

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1.4

La Candidature:

Le paquet

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Le nom du vieil homme était Bhupendra ; son petit-fils était Tarun.

Ils n’avaient pas d’autre membres de leur famille dans le village. Le père du garçon vivait dans une lointaine cité, travaillant de longues heures à un emploi de subalterne et envoyant chaque semaine un peu d’argent à la maison—bien que Bhupendra supposait qu’une bonne partie du salaire de son gendre était gaspillé en vin de palme et de paris en ligne. À part une petite masure, leur principale possession était une ânesse gris poussière que le grand-père chargeait de riz, pain, légumes séchés, jarres d’eau, couteaux, pots (de différentes tailles), corde, petit bois, un rouleau de tissu épais, et un antique ordinateur portable qui était trop lent pour pouvoir faire tourner même le gestionnaire de fenêtre le plus épuré.

“Pourquoi emmenez-vous autant de choses ?” demanda Aaradhya, irritée de voir que le jour passait rapidement. “Vous aurez fait le voyage à Reechee et le retour avant que la moitié de cette nourriture ne soit mangée.”

“Peut-être,” dit le vieil homme, attachant une nouvelle poële à l’énorme fardeau sur le dos de l’ânesse. “Dans ma longue vie, j’ai souvent vu qu’il était mieux de trop prévoir que l’inverse.”

“Et l’ordinateur portable ? Rien que ses batteries sont plus lourdes que tout votre petit bois.”

“Vous enseignerez au garçon. Il vous faut un ordinateur.”

“Je doute qu’il puisse fonctionner plus de quelques heures sans recharge, encore moins quelques jours.”

“Peut-être.”

Aaradhya se tut. Comment pourrait-elle enseigner à Tarun en marchant ? Dans sa ville d’origine, quand la poussière bloquait les machines des centrales électriques (ce qui arrivait fréquemment en été, coupant le courant pendant des heures à la fois) son vieux maître distribuait gaiment des feuilles de papier et des encriers, faisant la leçon à ses apprentis à la lumière d’une lampe devant un mur d’ardoise sur lequel il écrivait à la craie. La nonne n’avait que sa voix, qui s’éraillerait en quelques minutes dans l’air sec et sale. Seul un idiot voyageait la bouche ouverte sur les routes de campagne.

Mais ce n’était rien comparé à un problème plus grand. Aaradhya était la plus jeune de quatre enfants et la dernière arrivée de sept apprentis. Elle n’avais jamais enseigné quoi que ce soit à personne. Elle n’avait aucune idée d’où commencer. À part la Fontaine d’Anantha, ses propres leçons étaient de vagues souvenir flous.

Pendant ce temps, grand-père et petit-fils continuaient à attacher toujours davantage sur le dos de l’ânesse docile. Le jour tombait presque quand ils se mirent en route.

- - -

“Enseigne,” dit le vieil homme.

Aaradhya commença avec les petits bouts qu’elle se rappelait avoir appris sur les genoux de sa grand-mère. Des histoires des tout premiers ordinateurs : des inventions qui empilaient des dispositifs mécaniques de fuseaux de bois de santal qui tournaient sur d’épais moyeux et liés ensembles par des kilomètres de chanvre. Des chevilles serties d’ivoire faisaient grincer des portes AND et NOT aussi grosses et deux fois plus lourdes qu’un homme, et ces portes à leur tour étaient empilées par couches sur hauteur qui faisait bien quatre étages rien que pour implémenter une addition de bits. Des temples entiers étaient construits pour accueillir les précieux travaux, avec une douzaine de moines grimpant ou descendant des échelles pour huiler, resserrer, ajuster, réparer, et bien sûr faire fonctionner le gargantuesque système.

Ensuite elle parla du merveilleux Âge de Cuivre, à l’aube de l’empire Babaj, où la programmation était faite de grappes de mécanismes d’horlogerie qui devenaient de plus en plus petites avec chaque nouvelle génération. D’étranges hommes pâles vinrent de l’Occident pour apprendre cet art, les améliorant avec leurs propres méthodes mystérieuses—comme l’utilisation de rubis dans le mécanisme pour éviter l’usure dûe à la friction, et les ressorts en spirale pour guider les vilebrequins, et la pratique rituelle de s’imbiber de boissons stimulantes avant de commencer une journée de travail.

Le grand-père de Tarun remarqua l’expression absente sur le visage du garçon. Il s’approcha du côté d’Aaradhya avec un regard menaçant.

“Enseigne,” répéta-t-il. “La programmation, pas l’histoire.”

Aaradhya grimaça. Son BASIC était dépassé ; Tarun en connaissait probablement plus qu’elle sur la forme moderne. Logo ? Elle en avait oublié pratiquement jusqu’au moindre bit. De toutes façons, le langage ne pouvait pas être enseigné sans avoir à disposition une tortue spécialement entraînée. Son apprentissage avait été fait en C avec un saupoudrage de C++, mais le garçon n’était pas encore prêt à être jeté dans un marais plein de Bus Errors et de Segmentation Violations et de syntaxes spéciales pour travailler avec les L-values. Elle avait surtout du Java à l’esprit ces jours-ci : c’était, après tout, la voie qu’avait choisie le Temple du Gong d’Airain du Matin. Reprendre les fondamentaux du langage l’aiderait à reprendre ses esprits, calmer ses nerfs, et la préparerait pour les entretiens. Elle devrait enseigner le Java au garçon.

En marchant dans le noir ? Ridicule.

Sans parler de l’incessant bruit des pots sur le dos de l’ânesse qui n’aidait pas Aaradhya à organiser ses pensées.

“L’animal a besoin de boire,” dit rapidement Aaradhya. “Pendant que l’on arrive encore à voir le ruisseau. Je commencerai quand nous serons de retour sur la route.”

Cela les força à quitter la route éclairée par la lune et descendre avec précaution une rigole pleine de mauvaises herbes pour atteindre le maigre ruisseau qui coulait en contrebas. En remontant, l’ânesse mit un sabot dans un trou de terrier inattendu, ce qui la déséquilibra. L’énorme paquetage balança dangereusement d’un côté. La bête se mit à braire, le harnais glissa, puis la cargaison s’en fut s’écraser sur des buissons, immobilisant l’animal. La lune s’était couchée pendant qu’ils calmaient l’ânesse. Il n’y avait pas d’autre choix raisonnable que de faire le camp pour la nuit.

Bhupendra soupira et installa ses vieux os contre le paquet tombé. pendant que Aaradhya et Tarun rassemblaient les objets divers qui avaient roulé plus loin. Même à la seule lueur des étoiles Aaradhya pouvait voir dans l’oeil du vieil homme une lueur impitoyable.

“Enseigne,” ordonna-t-il. “Plus de délais.”

Aaradhya fit un pas vers le vieil homme, s’apprêtant à argumenter qu’il valait mieux commencer au matin, quand elle glissa sur quelque chose de lisse et atterrit les quatre fers en l’air sur un petit buisson épineux. Le mot qui sortit alors de sa bouche fut heureusement étouffé par ses robes emmêlées. En cherchant autour d’elles dans l’obscurité, les doigts d’Aaradya se refermèrent sur la poignée du coupable : un poêlon de fer qui s’était échappé du barda. C’était un objet lourd. Et c’est alors que l’idée lui vint.

La jeune nonne se remit debout et s’épousseta. En souriant, elle avança vers le vieil homme et le garçon. Ils étaient tous les deux assis à côté des bagages ; elle les surplombait. D’un geste ample Aaradhya leva haut le poêlon de fer, puis l’abaissa fortement sur sa cible.

Le rocher n’eut pas de dégâts, mais le poêlon sonna tel un gong. Ses deux camarades de route sursautèrent malgré eux. L’ânesse émit un son mais elle était attachée à un arbre et ne put pas s’enfuir.

“L’école est ouverte,” dit Aaradhya. “Nous commencerons par les Objets...”

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